En cette fin de XIXe siècle Paris brille de tous ses feux, les expositions se succèdent : 1855 – 1867 -1878 -1889 -1900. Le monde entier se presse dans la ville lumière qui est devenue la vitrine du luxe à la française. Hermès s’y installe en 1837, le malletier Louis Vuitton[2] y rencontre ses premiers succès dès 1854, Louis François Cartier déménage en1899 au 13 rue de la Paix. Louis Leroy, horloger installé au 7 boulevard de la Madeleine est le digne représentant des maîtres horlogers des lumières avec notamment la fabrication de montres compliquées destinées à une clientèle internationale.
Son nom restera dans l’histoire puisqu’il est attaché à la montre Leroy 01, « la plus compliquée jamais réalisée », fabriquée dans ses ateliers de Besançon à la fin du XIXe siècle. Louis Leroy avait ouvert un atelier de réglage à Besançon en 1892 pour accéder au droit de dépôt de ses montres à l’observatoire, qui était réservé uniquement aux horlogers bisontins. Participant aux concours de chronométrie de France et de Suisse, il réussit au-delà de ses espérances arrivant au même niveau de qualité que les genevois. Le but de son atelier bisontin était double : présenter à ses clients des montres établies sur leurs indications, c’est-à-dire ayant un caractère personnel et régler des montres en vue de prendre part aux différents concours chronométriques.
La maison L. Leroy et Cie pouvait briller par bien des réussites horlogères, notamment celle destinée à M. le comte Nicolas Nostitz de Moscou, présentée à l’exposition de Paris de 1878, cette montre comportait 11 complications. Elle fut rachetée par M. le docteur Carvalho Monteiro, grand collectionneur qui demanda à Louis Leroy de réaliser une montre encore plus compliquée, demande qui sera satisfaite par la fabrication de la montre Leroy 01 aux 24complications.
Cependant une remarque s’impose, pour réaliser cette montre exceptionnelle Louis Leroy fera appel aux compétences des horlogers combiers, car sans leur participation la Leroy 01 n’existerait pas ; en effet, la Fabrique de Besançon n’avait pas les artistes susceptibles de mener à bien un tel projet. Traditionnellement le marché du luxe parisien, faisait appel aux savoir-faire des horlogers suisses de la Vallée de Joux, spécialisés dans la fabrication des montres compliquées :les Audemars, les LeCoultre et les Piguet par exemple.
Malgré le succès de la Leroy 01, l’horlogerie de prestige ne prendra pas racine à Besançon, la Suisse restera seule à fabriquer ce type de montres. Patek Philippe à Genève prendra le relai en fabricant tout au long du XXe siècle les montres les plus compliquées, pour finalement détrôner la Leroy 01 en 1989, avec une montre aux 33 complications[3],créée à l’occasion de l’anniversaire des 150 ans de la maison. La montre Leroy01 peut être perçue comme étant le « chant du cygne » de l’horlogerie européenne des lumières, l’industrialisation arrive à grands pas d’Amérique et avec elle son lot de transformations radicales de la profession. Une longue traversée du désert commence pour les artistes horlogers.
[1] L’horlogerie de luxe actuelle s’appuie sur des principes mécaniques vieux de deux siècles. Un peu comme si on continuait de voyager en train à vapeur, considéré comme un luxe. Mais demain ?
[2] Originaire du Jura français.
[3] Référence 89.
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