Christian Huygens : l’inventeur du spiral réglant…Peut-être !
Son cœur balance
Les querelles qui naquirent autour de l’invention du spiral plat réglant témoignent de l’effervescence qui régnait au XVIIe siècle dans le monde scientifique européen, elles sont révélatrices d’une posture récurrente de l’horlogerie, qui la caractérise aujourd’hui encore.
La Fédération de la Haute Horlogerie qualifie Christian Huygens (1629-1695), mathématicien, astronome et physicien néerlandais, d’inventeur du spiral plat destiné à contrôler les oscillations d’une montre. L’historien David S. Landes le présente comme « l’introducteur» de cette invention. Une nuance apportée à dessein, qui s’appuie sur des faits.
Christian Huygens, pensait certainement qu’il était l’inventeur du spiral plat réglant, il prit d’ailleurs grand soin de le déposer le 23 janvier 1675 auprès de la Royal Society de Londres pour être reconnu comme étant l’auteur de cette invention[1].
Á cette époque, tandis que l’horlogerie française marquait le pas, un horloger parisien de talent, Isaac Thuret(1630-1706) construisit la première montre à spiral plat réglant pour le compte de Christian Huygens. Thuret présenta cette invention à Colbert, puis à l’Académie des sciences en vue d’obtenir un brevet français : il estimait qu’en tant que fabricant français elle pouvait être reconnue comme française.
Robert Hooke, horloger anglais, qui avait entendu parler de la réalisation de Christian Huygens prétendit lui aussi être l’inventeur d’une montre réglée par un ressort. En février 1675, il décide de présenter une montre réglée par un ressort de sa propre conception, qu’il fait fabriquer par le grand horloger Thomas Tompion. Une montre qu’il fit graver « R. Hooke invenit 1658, T. Tompion fecit 1675 ».
Hooke déplorait ces querelles« qui embarrassent par leur féroce petitesse et donnent une très mauvaise image entre des personnes d’une vraie distinction sociale et intellectuelle ».
Christiaan Huygens présenta alors le balancier spiral réglant à la Société Royale de France à Paris, afin d’être reconnu comme son inventeur. Comme il s’était inspiré des travaux de l’abbé Jean de Hautefeuille, un long conflit d’intérêts s’ensuivra.
Á qui appartient une invention ? Trois cents ans après, cette question fait toujours l’objet de discussions enflammées : à celui qui l’imagine ou à celui qui est capable de la réaliser ?
[1] Par discrétion les courriers étaient rédigés en latin et en écriture chiffrée.
40 ANS D'EXPERTISE(S) TOURNEES VERS L'AVENIR !
"Ce que l'on a semé, il est toujours temps de le récolter ! "