
Le "Swiss Made" horloger date de la fin des années 60. Pour ne parler que de la montre mécanique il permettait jusqu'à une époque récente, 60% de valeur ajoutée hors Suisse. Depuis 2018, il a été renforcé pour porter cette valeur ajoutée à 40% maximum.
Le fait qu'une montre soit "Suisse Made" est un atout considérable
"Si le champagne est français - ce qui condamne les vins pétillants du monde entier à se vendre globalement moins cher quelle qu'en soit la qualité - l'horlogerie est Suisse et donc la valeur perçue des montres suisses considérable et différenciante". ON estime cet effet "valeur perçue" à + 25%, au moins.
Mais là encore deux questions de fond se posent :
1 - D'abord les 60% de valeur ajoutée en Suisse concernent un ensemble d'opérations complexes difficiles à appréhender, précises mais... quasi invérifiables. On a presque l'impression que l'intention était de faire sérieux mais sans se préoccuper de la réalité des opérations et surtout de leur contrôle.
2 - Et c'est ici que l'interrogation la plus importante demeure : il n'y a pas vraiment d'organisme indépendant qui soit chargé de mener des contrôles effectifs au sein des marques et de la filière. Ce qui, on peut le supposer, laisse libre cours à des pratiques éminemment suspectes[1].
On sait donc que des comportements inappropriés perdurent voire se développent au sein de la filière horlogère.
En pratique, autoriser 40% de production hors Suisse a favorisé très clairement le recours à des sous-traitants asiatiques et notamment chinois, pour baisser un maximum les coûts « hors Suisse ». De fait, cela a progressivement évincé un nombre croissant de prestataires européens et notamment du Jura français, pourtant au savoir-faire horloger d'exception, au profit de pièces à bas coût chinoises.
Illustration de cette tendance, une expression nouvelle est apparue dans le langage des horlogers suisses en direction des sous-traitants français : "vous êtes devenus Des Chinois chers !"
Conséquence : le nombre de composants chinois dans les montres suisses depuis le renforcement du Made In n'a probablement jamais été aussi important. Un paradoxe et surtout un vrai danger pour la réputation des montres suisses. Alors que les pièces et les services issu du Jura français tout récemment Labellisé Unesco pour son savoir-faire en mécanique d'art et en horlogerie sont de plus en plus évincés.
Illustration de la dépendance l'horlogerie Suisse vis-à-vis des pièces chinoises : l'impossibilité pour de nombreuses marques de fabriquer des montres Suisse à cause de la mise à l'arrêt des usines chinoises de composants à cause de la crise COVID au printemps 2020! Peut-on y voir une nouvelle illustration, le symbole d'une absence de stratégie globale à long terme, un déficit de vision collective de la filière.
Extrait :"Comme le souligne Jean-Daniel Pasche, c’est peut-être aussi l’occasion pour les Maisons horlogères d’envisager des alternatives suisses à ces composants chinois".
En pratique, le passage aux 60% a donc engendré la SINISATION des montres suisses. Tout ça pour ça : l'inverse de l'objectif initial donc qui consistait à ré-enchanter le « Swiss Made »!
Les autres « Made In »
Quelques mots sur le « Made in Japan » pour mieux comprendre les effets du Made sur la valeur d'une montre.
Certains modèles de SEIKO, qui on le sait et une véritable manufacture horlogère qui maîtrise tous les métiers nécessaires à la fabrication d'une montre, sont parfois « Made in Japan » ou « Made in Malaysia ».
Constat que nous avons vérifié in situ : le simple « Made in Japan » indiqué sur le cadran augmente la valeur de la montre de 50%.
Bien sûr, les marques françaises après la crise les années 70 et 80 ont eu bien du mal à survivre ou à émerger. Encore aujourd'hui, elles représentent moins de 2% du marché français des montres en valeur comme en volume. Le recours à la fabrication en Chine a donc été massif sinon systémique. En pratique, on peut aujourd'hui encore apposer sur un cadran« Made in France » sur une montre dont on sait quel peut être à plus de 90% de fabrication et d'origine chinoise[2]. Comment sortir d’unetelle situation ?
Certains évoquent même le fait que le « Made in France » est perçu comme une sous value pour la montre indiquant clairement qu'elle peut être chinoise voire qu'elle est chinoise. La pente du « Made in France » horloger est donc très difficile à remonter et on peut se demander s’il ne faut pas passer à autre chose...
[1] Que penser en effet, à titre de comparaison, d'une limitation à 80 km / heure sur les routes qui ne ferait pas l'objet de contrôles radars ? On imagine le comportement les automobilistes...
[2] La seule obligation est que l’assemblage final soit réalisé en France. L’origine des composants n’a pas à être justifié…
