
Nous allons balayer ensemble différents items comme des paradigmes nouveaux qui constituent autant de socles de la nouvelle société. C’est la combinaison des paradigmes entre eux, avec effet « boule de neige », dont personne ne peut anticiper aujourd’hui la réalité opérationnelle, qui constituera une nouvelle façon de vivre ensemble. Un collectif dont personne ne connaît pour l'heure encore les contours.
Au final l'accumulation et l'interaction entre ces relations transformées va nécessairement profondément bousculer nos habitudes.
Comment concilier distance et proximité face à un risque croissant de solitude ? C'est peut-être aussi le prix d'une forme d'indépendance nouvelle. Cela implique de développer le sens de la responsabilité individuelle, de la confiance et du résultat. Liberté accrue responsabilité accrue sont sans doute les 2 faces de cette nouvelle société.
Elle commence dès maintenant il est important de ne pas manquer ce train en direction du futur. Ces nouvelles règles concernent bien évidemment aussi les milieux horlogers et notamment, les flux transfrontaliers horlogers entre France et Suisse.
Une nouvelle relation au travail
On s'est offusqués à juste titre de licenciements sur Teams ou sur Skype mais aussi étonnés de recrutements à distance tout aussi efficaces. En fait, nous avons appris à travailler à distance de façon inédite et productive. Les outils se sont développés comme jamais et impressionnent. Il n'y aura pas de retour en arrière et l'équilibre présentiel distantiel se fera au par cas et sera, à n'en pas douter, un facteur d'attractivité incontournable pour les entreprises et les organisations. Les accords-cadres signés post COVID [1] démontrent cette situation totalement nouvelle. Cela aussi renforce probablement l'attractivité des villes moyennes et des campagnes à condition que le très haut débit et la 5G y parviennent, au détriment des centres-villes des métropoles où les mètres carrés sont de plus en plus chers, tant en ce qui concerne les espaces de bureaux que les logements. On comprend aisément que la fracture numérique professionnelle va devenir un problème croissant pour les territoires, les entreprises et les individus qui n'auront pas pris le train en marche.
Le travail sur portable et surtout sur Smartphone est devenu "courant efficace, productif et rapide". La question est désormais : "pourquoi aller au bureau pour travailler sur un ordinateur ?" On se le demande ! Là encore en fin de journée ou en fin de semaine on devra se dire - ou pas - "j'ai bien fait d'y aller au lieu de travailler à partir de chez moi !"
Bizarrement, les espaces de coworking n’ont pas tellement tiré leur épingle du jeu de la rupture COVID. De fait, les confinements nous ont obligé à rester chez nous. Post COVID, on peut s'interroger sur leur utilité tant ils sont en concurrence avec le "je reste chez moi" ou "je vais au bureau". Quelle est désormais leur réelle valeur ajoutée lorsque fibre et 5G sont accessibles à domicile ?
On va nous dire que seuls certains emplois sont accessibles au télétravail. Erreur ! Ce raisonnement risque de nuire fortement à l'attractivité des métiers, attention ! En pratique, il faut plus raisonner tâches et non emplois.
Une usine automatisée peut être surveillée à distance, le technicien devient alors un contrôleur, un garant de la qualité de fabrication. De fait, il s'agit de lister les tâches les actions qui peuvent être menées à distance et non les métiers. Puis de favoriser ce mode de fonctionnement par une organisation adéquate confiante fondée d'abord sur une architecture numérique.
L'avantage est triple :
1 - En cas de pandémie l'entreprise peut continuer à fonctionner avec du personnel à distance
2 - On peut faire appel à des personnes qualifiées qui n'habitent pas sur le territoire de proximité
3 - Cela limite les espaces occupés notamment de bureau mais aussi de production et donc les frais fixes
Les attentes ont donc changé, en profondeur. L’attractivité des« entreprises traditionnelles » aussi. Une enquête cabinet d'études ADP [2] montre que :
- 3 français sur 5 ont dû changer leur mode de vie à cause de la pandémie ;
- 6 français sur 10 ont même dû faire des compromis entre leur travail leur famille et leur santé à cause de la crise sanitaire ;
- Si la pandémie a marqué un tournant dans les modes de vie et de travail des salariés français, son impact est tel que 3 d'entre eux sur 5 soit 60% ont changé ou prévoient de changer leur mode de vie. Un chiffre qui atteint même 75% chez la génération Z [3] ;
- Les 3/4 des salariés des secteurs des médias (85%), de l'immobilier (75%) et de la finance (73%)ainsi que les travailleurs indépendants (70%) manifestent aussi leur envie de changement.
La conséquence immédiate de ces chiffres est que tout projet dans une entreprise existante ou toute création d'entreprise nouvelle doivent tout de suite proposer à minima 2 jours de télétravail pour chaque membre des équipes. On va nous rétorquer que cela n'est pas possible voir inenvisageable. Peu importe il faut le faire sans attendre. Sinon, les salariés partiront, ou pire, déchanteront.
Une nouvelle relation à la distance
Les confinements nous ont enfermés dans des périmètres limités, sortes de prison numérique se réduisant à quelques kilomètres de distance. Comme des hamsters dans une cage, nous avons tourné dans ces cercles aux horizons finis. La liberté retrouvée, nous nous relançons à la conquête des espaces. Soit. Mais bientôt, nous nous dirons que nous déplacer pour aller quelque part "devra en valoir la peine".
Quid de l'intérêt de réunions à Paris pour rencontrer les collègues de province ? Une réunion à distance aurait pu faire l'affaire ? Qui nous aurait évité des heures de bouchons en voiture et des coûts de transport en TGV exorbitants.
Au final nous devrons nous dire : "j'ai bien fait d'y aller !"
Si ce n'est pas le cas, on ne nous y reprendra plus ! Ce simple raisonnement a pour conséquence... la remise en question du modèle TGV français qui repose sur une clientèle d'affaires de moins en moins enclin à se déplacer pour des réunions que l'on sait désormais mener à distance. On peut se demander si c’est bien le moment d’inaugurer de nouvelles rames... Il en est de même pour les déplacements "affaires" longue distance en avion à l'international.
Une nouvelle relation à l'environnement
On y revient, la question désormais qui se pose est la suivante : "ai-je bienfait d'y aller ? "D'autant qu'il y a la question environnementale. Les frais et le temps que j'ai passé à me déplacer en valait-il la peine ? Ai-je envie d'y retourner ?

Cela est vrai tant pour aller travailler que pour ses loisirs ou faire ses courses. On comprend mieux ici le fait que la pandémie aie fait basculer le e-commerce dans une nouvelle dimension, durablement et pas seulement temporairement. En chine, plus de 50 % des biens de consommation sont d’ores et déjà (2020) achetés sur Internet.
Une nouvelle relation au tourisme
Le FLYGSKAM - littéralement "la honte de voler - venu des pays nordiques se répand : pour de plus en plus de gens, faire du tourisme à longue distance est nuisible au plan écologique. A juste titre... Alors, pourquoi aller passer des vacances aussi loin ?
Une nouvelle relation à l’habitat
Le très haut débit et la 5G sont plus que jamais une utilité indispensable au même titre que l'eau, l'électricité ou le chauffage.
Le choix de notre résidence se fera d’abord en fonction de l’endroit où on veut vivre plutôt que l'endroit où on veut travailler. Une révolution ! et surtout une attractivité nouvelle pour les territoires ruraux ou les villes moyennes aux logements plus accessibles.
Aussi, la configuration même des logements est impactée par la transformation COVID : disposer désormais d'un espace bureau pour travailler de façon confortable et tranquille nous apparaît comme essentiel.
Pièce en plus plutôt qu'une chambre d'amis, nous essayons d'en faire un espace de travail et de loisirs.
Une nouvelle relation au savoir, à l'apprentissage
Fini les amphis bondés à l'université où l'on peine à trouver une place et où il est impossible de poser une question au professeur. Même si les étudiants ont souffert de solitude, ils ne se précipiteront plus pour s'asseoir dans les couloirs des universités. Ils préfèreront suivre les cours à distance et en différé préenregistrés, afin de pouvoir faire une pause au moment où ils ont besoin d'approfondir le sujet lorsqu’ils sont disponibles. À l'inverse, ils iront sur place pour travailler avec leurs collègues avec l'aide des professeurs.
Une sorte d'enseignement inversé se met donc progressivement en place : il s'agit d'un changement culturel majeur qui va demander plus d'indépendance et d'autonomie de la part des élèves et des étudiants mais aussi plus de confiance et de responsabilité de la part des enseignants. Passionnant !
Une nouvelle relation à la médecine et aux soins
Avec la pandémie nous nous sommes rendu compte que la saturation des urgences, des hôpitaux étaient possibles. Peut-être cela va-t-il nous permettre de nous rendre compte de la qualité des soins qui nous sont apporté et de la valeur de nos systèmes de santé ? On peut l'espérer...
Mais c'est surtout la révolution de la télémédecine qui est en marche : nous pouvons désormais prendre rendez-vous en ligne facilement avec un spécialiste et le consulter à distance au lieu d'attendre un an un rendez-vous avec un ophtalmologiste [4]. Plus besoin également d'habiter en ville pour accéder à cette médecine spécialisée. Un changement favorable aux territoires ruraux et aux villes moyennes. Un de plus!
Une nouvelle relation à la politique
Les gens ne votent plus ou presque : des taux d'abstention records sont constatés, en particulier en France mais pas seulement. Les incertitudes voire les tergiversations auront marqué les esprits et contribué à décrédibiliser encore la parole politique.
Les individus croient de moins en moins à la fonction de représentation et souhaitent exprimer leur point de vue, peser dans les décisions politiques, non pas à chaque élection mais en permanence.
Le modèle opérationnel reste à inventer. On sait qu'il passera nécessairement par le numérique qui permet l'interactivité et la consultation. Dans ce contexte, le vote papier apparaît de plus en plus obsolète tandis que le vote électronique, séduisant parce que "à distance", peine à rassurer les gens quant au risque de hacking ou de fraude.
Nous vivons donc un entre-deux inconfortable, sorte de marécage politique, une période difficile à passer et anxiogène.
Une nouvelle relation au cinéma, à la culture
Les affiches des films au cinéma nous apparaissent plus fades : peu de choix, horaires fixes, prix élevé... l'attractivité des salles de cinéma est clairement remise en cause. Nous avons pris l'habitude de regarder des séries ou des films produits par les plateformes comme Netflix ou Amazon Prime qui nous proposent un parcours optimal et personnalisé, chez soi, sur des écrans de plus en plus grands et à des tarifs bien moins élevés.
La fréquentation des salles ne sera plus jamais la même...
Une nouvelle relation aux personnes
Il y a fort à parier que la plupart des femmes n'accepteront plus de faire la bise tous les matins à tout le monde. Les hommes aussi probablement. Il en va de la liberté individuelle.
Nous avons aussi appris à communiquer avec nos proches à distance. Bien sûr cela ne remplace pas la chaleur d'un contact, mais permet cependant d'entretenir une relation avec une certaine proximité.
Je ne parle même pas ici des relations amoureuses : la pandémie a naturellement boosté les applications de rencontre comme jamais.
Une nouvelle relation à...
Une nouvelle relation à ...
[1] 50% prévoient au moins deux jours de télétravail par semaine et, désormais, un salarié sur deux en France télétravaille.
[2] Septembre 2021.
[3] Celle qui a entre 18 et 24 ans.
[4] Situation vécue.
